... DES QUESTIONS qui restent EN SUSPENS

Discussion dans le groupe de la Gironde.

Nous étions 15 autour d'une table en ce week-end d'octobre pour discuter de L'ART ENFANTIN.

Il nous est rapidement apparu que nos échanges de vues sur ce sujet étaient trop rares, et donc nécessaires.

Nous ne modifions pas la rédaction définitive de certaines interventions mais nous sommes conscients que ce débat en appelle d'autres et que beaucoup de questions restent en suspens !...

Jackie - Le graphisme, chez les petits, est un peu comme le texte libre chez les grands. Ils dessinent tous les matins et ils racontent leurs histoires. L'enfant, d'abord, s'exerce à écrire ; le fait de crayonner est déjà un « exercice », avant d'être une expression. Et puis, c'est un moyen de passer un moment avec l'enfant, de l'écouter et ensuite, l'enfant va aux ateliers. Ainsi, sa peinture motivée devient la suite de son histoire (ou peut-être seulement un élément de son histoire).

Le graphisme a permis de faire démarrer pas mal d'enfants aux ateliers (peinture, encre de Chine...).

Ici, le graphisme est un moment privilégié pour être à l'écoute de l'enfant.

Claudine - Chez nous, ce n'est pas un atelier qui vient avant, c'est un atelier comme un autre, au même titre que l'atelier peinture par exemple.

Monique - L'enfant qui a juxtaposé quelques graphismes, s'il n'a fait rien que des formes, ça veut dire quelque chose. Parfois, il a besoin de s'exprimer oralement, mais souvent, il n'éprouve pas le besoin de le dire d'une autre manière. Moi, je privilégie l'expression orale à un autre moment qui n'est pas forcément en relation avec le graphisme.

Claudine - La part du maître n'est pas au niveau du graphisme, elle est dans l'écoute de l'enfant. II s'engage avec l'enfant un dialogue sur le graphisme. L'art enfantin est intéressant au niveau de l'expression première de l'enfant.

Jackie :                       Enfant - Ici, j'ai fait une maison.

Jackie - C'est la maison de qui ?

Enfant - De ma tatie.

Jackie - Qu'est-ce qu'il y a ?

                        Enfant - Un jardin.

Jackie - Dessine le jardin.

L'art enfantin ne m'intéresse pas en tant qu'esthétique, mais il m'intéresse pour ce que dit l'enfant.

Claudine - Au début, lorsque l'enfant parle de son dessin, il énumère une série d'éléments ; nous intervenons en essayant de lui faire mettre en relation ces différents éléments. Ainsi, très vite, le graphisme devient une histoire personnelle, alors qu'au départ, ce n'était qu'une juxtaposition de dessins (1).

Georges - II y a déjà un problème qui se pose : c'est de privilégier certains éléments au détriment d'autres.

Quand un enfant a fait un certain nombre d'éléments juxtaposés, souvent on l'engage à faire un choix de ces éléments : on en privilégie UN. A-t-on le droit, a-t-on raison de le faire ?

Est-ce que l'on ne ferme pas un peu l'éventail en le faisant ? Je crois qu'ainsi par cette méthode de renforcement se privilégient aussi certains éléments de la pensée ou de l'action, et très souvent, c'est là qu'on aboutit à des éléments esthétiques, à une certaine sélection et à un certain esthétisme dans la production.

Est-ce seulement par ce canal que l'on peut atteindre cet esthétisme ?

(1) Voir les genèses dans Méthode naturelle de dessin de C. Freinet, Édit.. Delachaux et Niestlé, en vente à la C.E.L.

ET CHEZ LES GRANDS,

quelle est la part du maître ?

Alain - Avec les grands, c'est un long déblocage à cause des acquis de l'enfant (antécédents scolaires). On a moins le temps de laisser tâtonner. On doit promouvoir certaines pistes, certaines techniques.

Daniel - J'ai eu en classe, une gamine qui a fait les mêmes maisons pendant un an.

MAINTENANT, JE PRIVILÉGIE.

DE BEAUX SOLEILS, DE BELLES FLEURS ?

Pierre - Dans nos classes FREINET, on trouve souvent de beaux soleils, de belles fleurs. C'est un peu inquiétant. Avec les mêmes gars, on trouve les mêmes formes de peinture.

NE VALORISONS-NOUS PAS, NE PRIVILÉGIIONS-NOUS PAS QUE CE OUI NOUS PLAÎT ? NE SE RETROUVE­T-ON PAS DANS LES STÉRÉOTYPES, DANS UN CONFORMISME DE L'ESTHÉTIQUE ?

Alain - Les enfants dessinent beaucoup (brouillonnent beaucoup pour eux), je leur propose de refaire certains dessins en grand, non pas par souci d'esthétisme mais par souci de communication avec le groupe classe.

Georges - Est-ce que la qualité esthétique de l'oeuvre n'intervient pas au niveau de cette communication ? C'est-à-dire, n'est-ce pas à partir d'un certain niveau esthétique que la communication est possible ?

VALORISER

pour débloquer

pour communiquer

Patrick - Dans ma classe, un enfant était «coincé» au point de ne dessiner que des destroyers. II a commencé par faire plusieurs destroyers sur sa feuille, et plus il a pris conscience de sa puissance, plus il a augmenté le format de ses dessins. Cela constituait une sorte de refuge pour cet enfant. Un jour, la classe remarqua particulièrement un élément du dessin du destroyer, et je lui ai demandé de le refaire à la terre. L'enfant a pris conscience qu'il pouvait réussir à faire autre chose que son destroyer.

LE TÂTONNEMENT dans une technique ACCÉLÈRE-T-IL LE TÂTONNEMENT dans une autre ?

Patrick - Le tâtonnement profond dans une technique se transpose naturellement dans une autre. Un enfant qui a beaucoup dessiné au crayon, au stylo-bille, au feutre, qui s'est appris à remplir, à construire son graphisme, acquiert une maîtrise du geste qu'il transposera très facilement sur un autre matériau, l'argile par exemple. Au premier contact de la terre, l'enfant ne se contentera pas de faire des boulettes et de s'en satisfaire ; dès le départ, il voudra réaliser une oeuvre, semblable à ses réussites. Bien sûr, sa réussite avec ce nouveau matériau ne sera pas forcément immédiate, car la matière réagit différemment au geste acquis, cependant le démarrage s'effectuera à un niveau bien supérieur à celui de l'enfant qui n'a fait qu'un travail superficiel dans quelques techniques.

 
 
 
 

DÉBLOCAGE

au niveau d'une pédagogie de travail

Georges - Le mot déblocage est chargé de toute une série de connotations psychologiques dont certaines sont très vagues. Nous utilisons là un terme d'une manière souvent abusive. Débloquer un enfant, qu'est-ce que cela veut dire ?

Quand j'essaie de débloquer un enfant, je me demande si mon souci est uniquement psychologique, s'il est de rechercher vers les profondeurs. Bien souvent, je ne crois pas que cela soit mon souci et je pense que je cherche davantage à recréer le processus des tâtonnements, en laissant à l'enfant le choix de se débloquer ou non. Je propose à l'enfant d'agir, de dépasser un certain seuil d'action et le déblocage psychologique est ou non une conséquence de cette remise de l'enfant en marche.

Si on doit faire de l'Art Enfantin ou tout autre forme d'expression, pour finalement aller vers des profondeurs que l'on n'est pas capable d'explorer, de contrôler, si on se met à les explorer, est-ce que l'on ne peut pas se proposer d'autres perspectives de travail beaucoup moins périlleuses ?

Claudine - Mais si notre but n'est pas le déblocage profond, la connaissance des profondeurs de l'enfant, on pourrait alors avoir comme autre but l'ART. Personnellement, c'est une chose qui me gêne dans certaines classes, cette recherche de l'ART. On passe à côté de l'enfant.

Georges. - Non ce n'est pas une recherche de l'ART, c'est une recherche d'une remise en action de l'enfant.

L'ART ENFANTIN

vers la psychologie des profondeurs

(bien-être, équilibre de l'individu),

vers le bricolage, l'électricité le F. T. C...

vers l'habileté à vivre

Georges - Je veux permettre à l'enfant de dépasser des seuils d'action, d'activités, ce qui va permettre à l'enfant de rentrer dans des processus d'apprentissage dans lesquels l'ART va jouer un rôle mais absolument pas un rôle privilégié. Je trouve aussi important pour un enfant de se mettre à bricoler grâce au F.T.C., à bricoler de l'électricité que de faire des peintures et je suis parfaitement conscient que quand le gamin monte des ampoules, il ne touche pas à ses profondeurs ou du moins qu'il y a peu de chances qu'il y touche.

MÉTHODE NATURELLE

DE QUOI ?

D'apprentissage D' apprentissage de quoi?...

Un des buts que j'assigne à l'ART ENFANTIN, c'est quand même que l'enfant explore des techniques et explore un savoir-faire.

Alors que ce savoir-faire puisse, entre autres, servir à mieux se connaître, à mieux s'exprimer... tant mieux. Mais je me demande si dans ma classe, je ne mets pas comme première préoccupation celle de dominer une technique, d'apprendre avant l'expression. Mais peut-être que là je suis très clivé par rapport à d'autres.

Je me demande s'il n'y a pas clivage entre certains pour qui l'expression devient quelque chose de gratuit, quelque chose qui est pour l'individu son bien-être, son équilibre... en se souciant fort peu de ce que l'individu acquiert au niveau de l'habileté à vivre.

APPRENDRE?

S'EXPRIMER ?

Daniel - Tu mets donc la domination, la maîtrise de la technique en priorité sur l'expression. Ça peut être très grave !

Georges - Pas la technique isolée. C'est-à-dire que par exemple le fait de monter des ampoules, des fils électriques, des interrupteurs te permet un savoir-faire technique, une connaissance technologique du matériau que le gosse emploie, plus toute une réflexion théorique qui fait que le gosse est apte à cerner des concepts, à les comparer entre eux...

De la même façon, un enfant qui peint va acquérir un certain savoir-faire au niveau de sa peinture, acquérir un certain nombre de structures au niveau des oeuvres qu'il réalise. Donc, si l'on veut ce n'est pas seulement technique...

A un certain moment, il y a dans la capacité de créer avec de la peinture et des pinceaux, etc., la possibilité d'aller vers une certaine harmonie, une certaine beauté. C'est ça le savoir-faire.

Daniel - Y a-t-il un parallèle possible entre les travaux tels que la manipulation électrique et la peinture ?

La manipulation d'ampoules va amener le gamin à découvrir des structures objectives. IL DÉCOUVRE. L'utilisation du pinceau et de la peinture va amener le gamin à découvrir des structures qui lui sont propres. IL CRÉE.

C'est fondamentalement différent au niveau de l'expression.

Je pense qu'il faut faire passer en priorité l'expression, la maîtrise technique favorisant une meilleure expression lune meilleure communication).

Georges - Moi, je ne fais pas de distinction au niveau pédagogique. Mon comportement au niveau de la part du maître est, je crois, je n'en suis pas sûr, le même au niveau de la manipulation des ampoules et de la manipulation des pinceaux.

Monique - On a centré l'ART ENFANTIN uniquement sur le graphisme et la peinture. Pour moi, l'ART ENFANTIN est un tout, c'est autant le bricolage, l'encre, la peinture, le lino, la sculpture, la danse, la musique, la terre...

La discussion continue...

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