Pour exprimer la gamme infinie des objets dont nous prenons lentement possession et les idées qui naissent de nos difficiles réactions en face de la vie, on a créé des mots. Et la langue la plus riche et celles qui comportent le plus de mots sur ses dictionnaires.

Mais cette richesse aussi sa contrepartie. L’homme qui en a fait la conquête se prend à manœuvrer les mots comme les enfants manœuvrent les galets plats sur la rive. Passe encore pour les mots matériels comme les objets qu’ils nomment, mais comment jouer aussi d’autorité, dans une carapace artificielle un contenu fluide, extensible, indécis, subtil, si subtil parfois que les écrivains qui les emploient en atténuent le sens ou la portée par des expressions qui ne sont qu’approchantes.

Les poètes et les écrivains tournent et retournent la pensée qui s’accommode mal de la croûte qui les ensère.

Mais les manuels, les livres, les revues, ont besoin de têtes de chapitres, ou de paragraphes, des mots-choses qui ne recouvrent en définitive que des pensées primaires qui limitent ou restreignent la pensée.

Je crains fort de paraître ignare en psychologie.

Les étudiants dans leurs leçons ou leurs mémoires jonglent avec les mots de méthode globales ou de méthode analytique qu’ils sont aptes à définir magistralement selon les auteurs à connaître et à citer qui ont opéré le savant découpage. Je ne suis pas assez savant pour faire cette distinction traduite en chapitre de manuels scolaires. Toute saine méthode d'apprentissage est tantôt globale tantôt analytique, selon le processus ou les éléments.

Les savants psychologues distinguent scientifiquement aujourd'hui l'abstrait et le concret.

Qu'on appelle chat un chat, c'est fort bien c’est aux nombre de mots qu'on mesure la richesse d'une langue et mais c'est à leur nuance d'emploi qu'on juge de leur valeur profonde.

Le 2 octobre 1966

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