1959-1974

Devoir souligner que cette revue a paru pour la première fois au cours de l'automne 1959, il y a maintenant et déjà 15 ans, nous apparaît important.

Aussi le comité de ART ENFANTIN ET CRÉATIONS a-t-il travaillé et discuté sur un montage de quinze pages que nous avions préparé et qui tentait de retracer à la fois le rôle, l’existence - son histoire en quelque sorte ! - et l'évolution nécessaire de la revue : faute de place nous n'en reproduisons ici que quelques extraits (mais nous pourrons faire paraître l'ensemble dans le bulletin de travail de la commission art des enfants et des adolescents). Voir nos pages 1 à 5.

Puis nous transcrivons dans un montage rapide l'essentiel de nos échanges et nous pensons que tout ce qui s'inscrit dans la colonne « évolution » nous permettra d'entretenir un débat sur cet outil essentiel qu'est ART ENFANTIN ET CRÉATIONS : n'a-t-on pas dit que c'était là « l'outil le plus révolutionnaire » de notre École Moderne ? (Voir pages 6 et 7.)

Deux contributions importantes : celle de Paulette Quarante et celle de René Laffitte - deux générations différentes unies dans la même coopération... - nous ont paru devoir être publiées dans leur ensemble : nous avons dû les incorporer dans nos pages ACTUALITÉS (voir p. 30, .31 et 32).

La plus importante partie de ce numéro est consacrée à une « exposition simplement préparée » à l'occasion d'un  stage d'initiation qui (a) eu lieu en juillet Charleville. Puisque chaque élan est un départ et que chaque départ est le respect même de la vie, fût-ce au bout de quinze ans d'existence, ce départ devait trouver place dans ART ENFANTINE ET CRÉATIONS !

MEB


Alors, dira-t-on, pour le dessin il suffira de donner à l'enfant papier et crayon et de le laisser gribouiller à sa guise ?

Ce serait opérer comme une maman qui dirait : « J'enferme mon petit dans une chambre et je le laisse parler librement ». L'enfant ne parlera que s'il a tout à la fois un exemple et une motivation ; s'il a entre les mains un outil dont il peut se servir puisqu'il voit qu'on s'en sert autour de lui. II faut à cet enfant des correspondants - parents ou camarades - à qui il écrit par le dessin qui est son langage. Nous aurons à prendre en considération ses premiers graphismes, comme la maman répond au babil de son bébé, même si elle en a plutôt deviné que compris la signification.

Que l'enfant vole dessiner autour de lui, qu'il puisse considérer les œuvres de ses camarades, il se persuadera alors de l'éminence possible du langage dont il vient de découvrir la genèse.

Nous plaçons nos enfants dans une atmosphère d'expression par le geste et la parole. II faut qu'ils se sentent aussi dans une atmosphère d'expression par le dessin. Alors la méthode naturelle jouera immanquablement.

C. FREINET.

N° 9 - Déc. 1961 (p. 12)


Au cours de notre déjà longue carrière pédagogique tout entière centrée par l'expression libre mise en honneur par Freinet, nous avons souvent caressé le rêve de créer un jour une revue dans laquelle, par le poème et par le dessin, s'exprimerait ce chant radieux de l'enfance qui, de toutes parts, s'élève en amplitude de nos milliers d'Écoles Modernes, pour qu'il se prolonge au-delà des murs de la classe, dans la famille, près des amis et - pourquoi non ? - parmi les adversaires farouches de cette intrépide liberté qui est notre pierre d'angle ; pour que se noue, autour de la terre, la ronde de la joie de vivre, venue en spontanéité de la multitude enfantine à l'heure où le génie de l'homme fait naître tant d'inquiétude.

Et parce que l'enfant nous enseigne, chaque jour, que le bonheur est sans cesse présent à ce monde, parce que nous savons que toute joie prépare une délivrance, nous osons aujourd'hui, une fois de plus, aller de l'avant dans les conditions difficiles de notre destin, en vous offrant cette revue d'Art Enfantin, la première du genre, signée de notre amitié, de notre confiance dans la réciprocité et de notre fierté, si cette fierté engage /es plus exigeantes de nos responsabilités et ne redoute point de prendre en charge le morceau d'avenir qui lui revient.

Élise FREINET.

N° 1 - Déc. 1959 (p. 2-3)


L'art est-il un monde interdit à ceux qui ne sont pas déséquilibrés ou à ceux qui n'ont rien à dire par le dessin ou par la couleur ? Non, il est ouvert à tous et à tous les aspects contradictoires des créateurs.

Mais qu'est-ce qu'un tempérament ? N'est-ce pas la fonction par laquelle la variable qu'est le paysage donne l' « image » ou, si l'on veut, le « transformé » de ce paysage ?

Le résultat, c'est l'arrangement des éléments sélectionnés par tel ou tel sélecteur. Malheur ! Mais alors, l'oeuvre est une abstraction ! Et l'abstraction n'est-elle pas l'essence même des mathématiques ?

Et l'artiste ne révèle-t-il pas l'ordre des choses ? Et n'est-ce pas le gauchissement fortuit ou voulu à partir d'un schéma pur initial qui ouvre la porte à l'émotion, au plaisir ?

Art, émotion, anecdote, projection.... Mais aussi surfaces harmonieuses, courbes pures. Appel à l'ordre parfait, à l'harmonie suprême, auquel nous aspirons.

P. LE BOHEC Trégastel (C.-du-N.)

N° 29-30 - Mai-Août 1965 (p. 13)


Cette aide de l’éducatrice est conditionnée, cela va de soi, par le climat d'accueil fait à l’expression enfantine. L’enfant doit trouver autour de lui et en elle, « ce crédit sans borne qui donne un sens à tout ». Pour cela, il faudra que l'éducatrice résiste à la tentation d'enseigner le dessin à l'enfant, qu'elle renonce à croire en une savante progression allant du point à la ligne, de la ligne à l'objet ; qu'elle ne s’évertue pas à apprendre au bébé de deux ans comment on tient un pinceau mais qu'elle lui permette, en mettant à sa disposition tous les matériaux nécessaires, de faire dans le domaine pictural et graphique le plus grand nombre possible d’expériences. C’est dans ces seules conditions que nos petits nous révéleront leur étonnante prodigalité.

Cette revue vient à son heure pour non seulement légitimer l'expression libre de l'enfant, mais surtout pour en exalter les vertus et les pouvoirs, dans un domaine qui n'est pas seulement pédagogique, mais déjà culturel, sans cesse soucieux d'acquis et de dépassements.

Madeleine PORQUET,

Inspectrice des Écoles Maternelle

N°1 Déc. 1959 (p. 8)


ART et PÉDAGOGIE

Vous me demandez ce que je pense de votre belle revue Art Enfantin ? Étranger à l'enseignement, je n'en aime que moyennement les aspects pédagogique et psychologique. Je crains que vos collaborateurs lient trop le dessin et la peinture d'enfants à leurs soucis professionnels. La plupart des textes adultes tirent le dessin à eux plutôt que de le laisser à l'enfant... L'enfant n'a nul souci de faire quelque chose de ses œuvres. L'instituteur tient à en faire un élément de ses activités professionnelles... Il s'en suit une trop grande similitude de pensée et d'expression chez la grande majorité de vos collaborateurs car, fatalement, les mêmes cas psychologiques, les mêmes pratiques pédagogiques appellent les mêmes déductions et comportements.

Je crains aussi, l'aspect moral de la question qui tend à fausser en partie tous les problèmes de l'éducation : tout remettre dans le droit chemin ! Mais où est 1e droit chemin ? Le spectacle de la jeunesse actuelle est un défi à cette morale de la parole contre laquelle elle s'insurge. Il y a chez la jeunesse un besoin d'illogisme, d'exceptionnel, d'irrationnel qui doit bien déboucher quelque part. Ces réactions instinctives et trop souvent excessives, témoignent dans toute leur acuité des forces d'instinct si malmenées par l'emprise étouffante de la civilisation moderne, que ce soit dans ses formes industrielles, politiques et économiques ou universitaires. II est une limite d'endurance que la jeunesse a dépassée, d'où ces actes de débordements plus ou moins regrettables qui nous ont tout de même donné les Beatles qui ne sont pas n'importe qui.

   

Je crois que l'expression artistique libre préserverait l'enfance actuelle - comme le fait d'ailleurs le sport pratiqué dès le jeune âge - des excès de ses aînés.

Le spectacle de votre École Freinet, dans laquelle l'art a pris une place toute naturelle, mobilisant les forces créatrices dans ce qu'elles ont de plus instinctif et de plus héroïque est la seule voie salutaire.

Je n'ai pas d'enfants et il m'est sans doute difficile de résoudre des problèmes qui, dans la famille, apparaissent comme essentiels, mais je pense néanmoins que l'adulte a trop tendance à s'emparer de l'enfant pour l'éduquer et souvent contre les désirs de l'éduqué.

Pour en revenir à Art Enfantin, laissez-moi cependant: vous dire que c'est là un effort unique au monde et qu'il faut continuer hardiment. La présentation en est absolument remarquable ; les oeuvres d'enfants passionnantes et de grande valeur-plastique. Chaque numéro est pour moi une agréable surprise.

J.D.

N° 34 - Mars-Avril 1966 (p. 21)

   

Ce numéro d'art adolescent n'a d'autre ambition que de porter modestement témoignage de cette atmosphère de création qui naît dans nos classes du secondaire qui pratiquent quotidiennement, à l'intérieur du carcan officiel des horaires,

- l'expression de soi par le corps et la main, par la pensée et par les sens ;

- l'invention personnelle par la mise en branle indissociable de l'affectivité, de l'imagination et de l'intelligence ;

- l'échange avec autrui qui se colore dans nos classes d'un aspect de fête qu'on se donne quand on se dit aux autres par un poème, une musique, un dessin, une sculpture, une découverte mathématique, quand on se dit en choeur par une fresque, une tapisserie, un album collectif.

« Il ne faut pas craindre d'être soi-même, affirme Chagall, de n'exprimer que soi » car « c'est en descendant dans les profondeurs de soi-même que l'homme parcourt toutes les dimensions du monde ».

N° 52 - Juin-Juillet-Août 1970 (p. 3)


Qu'est-ce donc qu'un enfant ? Un créateur ?

Non. Ce mot est par trop entaché de connotations particulières. Nous qui voulons libérer l'expression enfantine pour libérer l'enfant, si nous voulons 50 millions d'artistes, nous ne voulons surtout pas privilégier seulement quelques êtres d'élite.

Nous sommes et resterons à ras de terre.

Nous saurons aider l'enfant à aller au bout de lui-même.

Nous saurons reconnaître et mettre en valeur tout ce que l'enfant peut faire de mieux.

Illuminer ses limites.

Nous voulons seulement 50 millions de gens plus ouverts. De gens qui auront gardé de l'enfance la possibilité, la volonté, le pouvoir, la liberté de s'exprimer dans leurs domaines privilégiés.

Donc, pas de créateurs, pas de gens capables de faire un homme de la boue originelle.

Des gens capables d'écrire et de décrire, de dire et de chanter, de jouer et de danser, de monter une mécanique.

Des gens capables de transformer et de communiquer.

Des gens capables d'intégrer des structures, de les enrichir. Car la vie, c'est cela. « Rien ne se crée, rien ne se perd, tout se transforme. »

Une peinture ne sort pas de rien. Un seul homme est là. Lequel ?

Savez-vous donc comment l'on peint ? Pourquoi l'on peint ?

Moi, je sais seulement qu'il faut peindre.

N° 54 - Novembre-Décembre 1970 (p. 1)


Quel bonheur enfin de laisser sa main couvrir de couleurs merveilleuses, lourdes ou aériennes, chaudes ou froides, floues ou structurées, atténuées ou contrastées, la belle et émouvante feuille blanche. Ce bonheur ne serait pas pour tous ? Il serait réservé à quelques privilégiés ou à quelques originaux ?

Eh bien non ! Moi instituteur de l'école publique, je la veux démocratique et je fais tout ce qu'il m'est possible pour offrir aux enfants qui me sont confiés, la possibilité de goûter à cette joie pendant une période de leur vie.

Ils y ont droit !

Extrait du bulletin du groupe vauclusien

N° 57 - Mai-Juin 1971 (p. 2)


RÔLE - EXISTENCE & ÉVOLUTION

Son existence

Nullement contestée, C'est une belle revue qui a atteint ces dernières années une qualité que nous ne considérons point comme un luxe. Coup de chapeau en passant à l'équipe de rédaction. La revue « Art Enfantin » doit rester ce qu'elle est, « un moment de joie, de rêve, de confiance en l'enfant et en soi-même » lorsqu'on la reçoit. C'est un des plus beaux messages de l'enfant et de l'adolescent qui s'exprime librement.

Son rôle

Utile pour les enfants. Elle leur donne envie de peindre, le désir de créer, de faire « autre chose » que le tout petit dessin au fond de la page ou la carte postale de bonne fête. Elle leur donne l'audace. Tous ces dessins qui chantent les font chanter à leur tour.

Pour le maître

Elle le rassure, car il y a des dessins qui rappellent étrangement certains des nôtres que nous jugeons peu valables (pris dans le bon sens, pas de jugement de valeur ; pour nous, vis-à-vis de l'enfant, tous les dessins sont valables), mais nous ne les aurions pas « vus » dans Art Enfantin.

Nous pensons que faire paraître de temps à autre des progressions, des évolutions de classe serait utile à des camarades un peu déroutés par la qualité des oeuvres publiées dans Art Enfantin. Les diverses techniques exposées agrandissent les possibilités d'expression et cette partie est appréciée autant par le maître que par les enfants. Ça donne envie d'essayer.

Son évolution

A-t-on besoin de souligner le côté « qualité » dans le papier, la couleur, la recherche de présentation, la richesse des oeuvres, l'ouverture vers tout ce qui est la vie ? La revue a évolué, elle n'est plus le reflet d'une « école » comme on le lui reprochait autrefois, avec sans doute juste raison.

Elle doit continuer à s'ouvrir à tout et à tous.

II faudrait consacrer de temps en temps quelques pages à cette importante « Part du maître » qu'il est certes bien difficile de définir avec des mots mais quand même il y en aurait à dire...

II faudrait aussi reprendre les genèses. Mettre l'accent sur le côté thérapeutique du dessin. Certains articles de notre camarade Pigeon étaient très intéressants et je suis sûre que des camarades ont des richesses qui ne profitent à personne parce qu'ils n'osent pas les communiquer ou n'y pensent pas.

Groupe de Toulouse


A propos d'Art Enfantin

Je pense cette revue plus nécessaire que jamais. En effet, quand on discute avec des élèves, notamment avec les 5e et les terminales, il ressort toujours :

- dans le premier cas, que les «petits » du premier cycle ont envie de faire quelque chose, de créer, d'avoir librement à leur disposition des matériaux.

Or dans nos lycées : une heure de dessin, une heure de travaux manuels, où très souvent on ne fait que recopier des modèles, et les techniques sont toujours les mêmes ;

- dans le deuxième cas, les terminales regrettent d'avoir terminé leurs études secondaires et de s'être appauvries. Nous avons cette année, dans le cadre du foyer, fait une exposition « Art Enfantin » avec l'exposition préparée par l'IDEM l'an dernier pour un libraire de la ville... Il y avait aussi les revues. Elles ont été regardées avec attention et silencieusement, et souvent reposées avec découragement : « Mais nous ne savons rien faire, nous »

Je pense donc que, malgré les critiques de certains, il nous faut donner la revue aux enfants et surtout aux adolescents (les troisièmes et secondes n'ont, en discussion, aucune réflexion à faire à ce sujet, ils sont complètement bloqués et moulés dans le système). Je trouve que les derniers numéros qui offrent des exemples de théâtre, d'utilisation de matériaux divers, de fonctionnement d'un club à large audience, sont véritablement des instruments de travail.

Nous avons ainsi à continuer à réduire la réflexion pédagogique dans Art Enfantin. Nous pouvons la faire dans l'Éducateur ou les bulletins, et faire de la revue une diffusion de l'expression de classe à classe, expression et recherche d'expression dans tous les domaines - y compris donc musique avec les disques.

La déléguée départementale de l'Isère


Enfantin ou pas : c’est l’élan qui compte et l’amplitude du geste, l’intensité du cri, de la lumière et l’éclat du regard.

Meb

N°60 – Janvier-Février 1972 (p.1)

A toutes ces questions posées, peut-on répondre ?

Il est bon justement, qu’il n’y ait pas de réponse, il est bon que chaque numéro d’Art Enfantin et Créations amène une controverse, provoque un choc, rétablisse la circulation d’un sang chaud et généreux et donne à tous la possibilité de se manifester, d’exister.

Jacqueline Bertrand

N°61 – Mars-Avril 1972 (p.2)

   

Il est bon que la revue soit plus technique, qu'elle présente beaucoup de réalisations enfantines avec des genèses.

Surtout moins de baratin !

Moins de sensiblerie comme dans certains numéros d'il y a cinq, six ans. On se pose la question : est-ce utile pour les nouveaux ? Il serait souhaitable qu'il y ait une rubrique « de gosses à gosses ». C'est actuellement un journal d'adulte, il doit le rester tout en parlant aux enfants.

L'évolution est très positive

II y a davantage de techniques, c'est plus vivant, c'est plus présentable aux enfants et plus utilisable par eux et par le maître.

Groupe A.E. de la Manche


- L'art enfantin est une revue de qualité dans sa présentation et qu'il faut garder à tout prix;

- C'est une revue que je montre à mes élèves mais que j'évite de faire circuler, je l'avoue, pour qu'elle ne soit pas trop salie ! Pour les élèves, c'est en quelque sorte un moyen de communiquer avec d'autres enfants, d'autres techniques, d'autres genres ; c'est un moyen d'enrichir leur langage artistique en ce qui concerne la forme et le fond. Dans certains cas, ça peut être un stimulant, un apport qui permet de relancer l'expression artistique ;

- L'enfant n'a pas la parole dans la revue : c'est vrai ! Mais la revue est faite de l'enfant, de l'explosion de ses joies, ses tourments, ses découvertes. Ce langage artistique, les messages qu'il nous apporte, nous touchent sans doute davantage que ne le feraient des mots. Nous, adultes, pouvons parler de l'art parce que nous avons des références; l'enfant peut-il le faire autrement que par des formules creuses le plus souvent ? Il vit son art; pourquoi lui demander de nous expliquer l'irrationnel ?

Monique Belmont

   

 

Actuellement, de par son contenu, la revue est destinée à un public adulte. Elle peut très bien rester cette revue prestigieuse, elle a quelques avantages : elle est bien belle, elle fait connaître la pédagogie Freinet dans des milieux non enseignants,.. Mais :

MEB disait, lors de son récent passage dans l'Yonne, qu'aucun numéro paru jusqu'à présent n'avait donné la parole aux enfants. Il ne serait pas inintéressant que la revue soit plus proche des enfants, qu'ils la lisent surtout, et qu'ils s'y intéressent.

Il suffit de changer le fond ?

Non, pas si simples ! Changeons le fond et rien ne sera réglé. Les gosses qui lisent actuellement la revue seront bien plus intéressés, d'accord, mais combien d'enfants y ont-ils réellement accès ? Pour prendre un cas précis : prenons le mien. Je suis abonné (personnellement comme beaucoup de camarades : la modicité des crédits dont je dispose ne me permet pas un abonnement pour la classe).

Quand je reçois un numéro je le confie aux enfants, mais avec quelle appréhension ! Une revue si belle, si chère, faudrait pas la saloper ! Dans combien de classes dont le maître est abonné cela se passe-t-il ainsi ? Et dans combien de classes met-on la revue dans les mains des enfants ? Faites les comptes. Changer le contenu ne résoudra rien.

Il faut rendre la revue accessible matériellement aux enfants. Le reste ça doit suivre,

Je vois une solution ; l'intégrer dans des parutions que les gosses lisent, qu'ils ont à portée de la main, dont ils se servent sans problèmes, je veux parler de la collection BT. Pourquoi n'y aurait-il pas des BTAE ? Je verrais bien des numéros consacrés à un thème : L'an 2000 - la mode - la B.D. - les oiseaux - l'amour, etc., à une technique : la sculpture - le crayon - les photogrammes, à une école, à un enfant, etc.

Se posent tout de même des problèmes : et la partie réflexion elle n'a plus sa place dans des BTAE et bien d'autres problèmes que MEB va se faire un plaisir d'énumérer. Quelques possibilités qui peuvent ouvrir la discussion :

1°. La revue devient simplement BTAE, option à prendre lors de l'abonnement

 2°. Conserver la revue comme elle est actuellement, mais en sortant des numéros BTAE en supplément.

3°. Sortir un nombre restreint de numéros (4 par an) et faire du reste des BTAE. Dans les numéros normaux on travaille en fait la réflexion.

4°. Plus de revue comme telle ; seulement des BTAE et des suppléments pédagogiques dans des dossiers ou dans l'Éducateur.

Daniel Carré (Yonne)


Art et Créations « notre revue la plus révolutionnaire » ? Parce qu'on ose ou si on ose donner les textes, les poèmes les plus forts comme chocs, ce qui secoue les habitudes et c'est peut-être innocent quand même parce que ce n'est pas dit pour manipuler, c'est dit parce que ça déborde, parce que ça étouffe, parce que ce sont des cris.

Il faut je crois beaucoup d'innocence, de tendresse, pour être révolutionnaire.

Le problème des oeuvres qui paraissent dans /a revue : moi je suis pour les œuvres innocentes de profondeur, d'anticonformisme ; une production innocente est vierge de conditionnements, de souci de faire pour ; de faire comme ; donc c'est la plus révolutionnaire. Est-ce que cela exclut le banal ? Peut-être ! Comment se libérer du banal ?

Non, la revue n'est pas un luxe. Elle n'est jamais trop belle, pas plus que les gerbes.

II vaut mieux valoriser les productions des enfants et des ados que notre prose à nous dans l'Éducateur ou ailleurs.

Le beau papier, la couleur, les beaux caractères : c'est à l'enfant, à l'adolescent.

Janou Lèmery


Nous nous sommes réunis une dizaine d'heures en week-end à ce sujet.

Ce qui est ressorti principalement, c'est que les maîtres gardaient la revue pour eux : elle est faite pour des adultes, Un ou deux l'apportent dans la classe, Et les enfants la feuillettent distraitement mais rien de plus.

   

Pour qui la revue?

Pour le maître, Pour une incitation des maîtres, Faire une revue accrocheuse.

Tout ce qui paraît dans Art Enfantin est dû à un maître qui a su ou osé prendre sa part, Et si chacun disait simplement comment il s'y prend ! Par exemple dans un cahier de roulement du 35 et de l'Ouest, Jeannette a écrit plusieurs pages sur les thèmes suivants :

- Ce que je ne fais jamais,

- Ce que je fais souvent,

- Ce que je faisais au début et que j'ai abandonné, soit que je me l'interdise, soit que j'aie trouvé d'autres solutions meilleures, Et ça permettra peut-être à ceux qui s'emmerdent sur le plan A.E, de démarrer, de voir qu'il ne s'agit pas d'êtres exceptionnels. (Jeannette dit : Faut pas croire que c'est la douceur, Je gueule pour un pot renversé, pour un pinceau noir dans du rose, etc.), Bref ça aidera un peu à résoudre la question suivante :

Comment convaincre de la nécessité vitale de l’A. E. ?

Il y a à mon avis BT.R, qui le montrera. Mais la passion des maîtres pourrait être communicatrice.

A propos du savoir du maître

Plus on est technicien de l'art, plus c'est difficile. Quand le maître en sait trop, les enfants sont angoissés par son savoir. Mais tant de maîtres croient qu'il faut un savoir !

A ce propos quelles sont les valeurs adultes et quelles sont les valeurs enfantines ? Il y a un assez net projet à ce sujet dans l'Ouest. Le beau pour l'enfant. Le beau pour le maître, Le beau pour les parents.

Nous nous sommes posé la question de notre beau personnel, Nous avons pris les numéros d'A.E. 63 à 71. Eh bien, à part deux trucs (1) (des sculptures sur pierre en deux pages et des trucs en bois) les avis étaient totalement différents. Et pourtant nous étions dix et nous devions choisir chacun nos cinq œuvres.

C'est dire la diversité, Et aussi que la revue risque bien, par sa diversité, de répondre à la diversité des goûts des lecteurs.

Les photos des plâtres de Monthubert parues dans le numéro 60 a eu beaucoup de répercussions sur les enfants qui avaient une expérience de la plâtritude.

Ils aiment bien se retrouver dans ce qu'on leur présente. C'est donc un aspect témoignage, cheminement parallèle, prolongement qui pourrait intéresser les enfants (sans cesser de plaire aux adultes : c'est le rôle de l'exemple dans la formation de la personnalité).

Par exemple si beaucoup de classes font de la pâte à modeler, il faudrait consacrer un numéro à dominante pâte à modeler pour que les enfants puissent trouver un écho, un agrandissement, une ouverture de pistes nouvelles. Étant de la partie, ils entreraient dans les réalisations des autres. Ce serait un peu comme les genèses. Et presque une échelle (comme l'échelle de dessin de Freinet) où l'on verrait divers niveaux de réalisations : CP, CE, CM, des associations (pâte à modeler plus décoration, etc.).

Et de plus, ça pourrait motiver certains maîtres qui voient leurs enfants tourner en rond en pâte à modeler. Pour quelles raisons ? Ou ceux qui n'y ont pas encore songé. Même chose évidemment pour la terre, les constructions en bois...

Bref, faire une sorte de point dans tous les domaines.

Paul Le Bohec

(1) Accord sur n° 68, page 16-17 et n° 69, page 11.

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