Chants et musiques de l’École Freinet

Ces créations, vieilles maintenant de cinq années, n’ont rien perdu de leur actualité. Les thèmes qui les sous-tendent – joie et vie, nature et mouvement - sont parmi ceux qui inspirent les hommes depuis qu’ils s’expriment et qui ne cesseront jamais de les inspirer jusqu’à leur disparition.

Le CHANT DE JOIE de Joëlle (10 ans) est le premier éclat d’une personnalité qui devait se révéler riche sur tous les plans poétiques.

C’est aussi la première manifestation musicale d’une enfant qui jusqu’alors se murait à tous « n’ayant besoin de personne » car « elle pouvait se raconter des histoires merveilleuses dans sa langue à elle ». Cette langue, elle nous la révèle, riches de sonorités étranges puisées à toues les langues du monde, à celles que possèdent en potentiels les petits des hommes. Jamais sans doute PAROLE ET MUSIQUE ne sont si intimement liées que dans ces chants où l’une n’est que l’expression parlée de l’autre, tirant leur signification du profond de l’être communiqué à l’autre sans le support de la raison.

LA VIE d’Oriane (10 ans) . Nous laissons auditeurs le soin d’apprécier ce chant en les informant qu’à l’époque où il fut créé, les vedettes auxquelles il pourraient faire référence n’étaient connues que par un public très restreint, que les événements de 68 ne s’étaient pas encore produits et qu’il fut enregistré un soir vers 9 heures, Oriane ne pouvant dormir, possédée par sa création fugace qu’il lui fallait fixer immédiatement.

LE FERMIER de Fabrice (10 ans. Certains y trouveront l’emphase ; nous y découvrons l’ampleur. D’autres y trouveront longueur, là où nous voyons lenteur nécessaire à l’accomplissement d’un cycle cosmique à la fin duquel l’homme et ses créations orgueilleuses n’auront plus leur place sur cette planète, exilé solitaire emportant dans l’autre monde la mort « la seule chose précieuse qui lui reste.

LA ROUE de Geneviève (9 ans) nous révèle la richesse de l’imagination enfantine dans le domaine de la création musicale. Pour l’enfant tout est rythme et musique. Les objets familiers ne lui apparaissent pas seulement dans leurs formes et leurs couleurs : ils sont aussi sonores.

Soumis à l’incessant tâtonnement de l’enfant, tout objet devient alors « instrument de musique » ?

   

Peu lui importent ceux déjà créés ou que l’on veut créer pour lui, ceux dont la maîtrise nécessite une technique inaccessible pour lui. Et la vérité nous oblige à dire que nous, adultes (du moins ceux qui ont perdu les privilèges de l’enfance) ne sommes capables de retrouver ces musiques qu’à travers nos découvertes électroniques du XX° siècle.

Geneviève ouvre la voie aux explorateurs du monde des objets sonores, mine d’une richesse exceptionnelle si généreusement ouverte à tous.

L’ORAGE de Yann et Francis. C’est l’intermédiaire d’une série qui commence par « Le Château hanté » ou « Combat contre la mort ». Un bruitage orchestré se transforme en véritable morceau de musique par la redécouverte et l’utilisation systématique du leit-motiv cher à Wagner.

Cette série aboutit à un magistral poème symphonique, « La Ruche », où la guerre apocalyptique détruit toute civilisation. La longueur de cette œuvre maîtresse, les brusques oppositions entre les niveaux sonores extrêmes ont rendu l’enregistrement difficile et la reproduction sur disque impossible.

Malgré l’utilisation d’instruments peu orthodoxes (dos de piano, vieille cithare et planche à clous) L’ORAGE est d’un classicisme évident. La spontanéité ne s’y retrouve que dans les thèmes ais ils sont orchestrés suivant un plan rigoureux, logique, le même qui inspira Beethoven dans sa Sixième Symphonie, Wagner dans son Vaisseau Fantôme, Rossini dans l’ouverture de son Guillaume Tell et bien d’autres à leur suite.

La discussion qui suivit la première audition publique montra nettement que les auteurs ignoraient leurs classiques (qu’ils reconnurent très bien par la suite) et qu’ils étaient maîtres d’une pratique éprouvée sur eux-mêmes, technique qui parvenait à communiquer leurs propres sensations physiques, support indispensable de la musique moderne.

Le thème de l’éclair, en particulier (interprété sur la planche à clous) doit produire chez l’auditeur « les grincements de dents et la chair de poule sur les avant-bras », témoins sensitifs d’un orage intérieur. Cette discussion révéla aussi leur connaissance instinctive de la symbolique de l’orage, épouvante mystique de l’homme impuissant devant les éléments déchaînés de la nature ou de sa propre nature, suivi de l’apaisement bienfaisant produit par l’accord de tierce et de quinte, point final de l’orage.

Maurice BERTELOOT

Le disque ICEM n°9 : « Chants et musiques de l’École Freinet » et la Gerbe « Le temps et la vie, quoi ! » ne sont livrés qu’aux abonnés à « Art  Enfantin et Créations » ayant souscrit au supplément.

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